Tout là-haut, tout là-haut, loin de la route
sûre,
Des fermes, des vallons, par delà les coteaux,
Par delà les
forêts, les tapis de verdure,
Loin des derniers gazons foulés par les
troupeaux,
On rencontre un lac sombre encaissé dans
l'abîme
Que forment quelques pics désolés et neigeux ;
L'eau, nuit
et jour, y dort dans un repos sublime,
Et n'interrompt jamais son
silence orageux.
Dans ce morne désert à l'oreille
incertaine
Arrivent par moments des bruits faibles et longs,
Et
des échos plus morts que la cloche lointaine
D'une vache qui paît aux
penchants des vallons.
Sur ces monts où le vent efface tout
vestige,
Ces glaciers pailletés qu'allume le soleil,
Sur ces
rochers altiers où guette le vertige,
Dans ce lac où le soir mire son
teint vermeil.
Sous mes pieds, sur ma tête et partout, le
silence,
Le silence qui fait qu'on voudrait se sauver,
Le silence
éternel et la montagne immense,
car l'air est immobile et tout semble
rêver.
On dirait que le ciel, en cette solitude,
Se contemple
dans l'onde, et que ces monts, là-bas,
Écoutent recueillis, dans leur
grave attitude,
Un mystère divin que l'homme n'entend pas.
Et
lorsque par hasard une nuée errante
Assombrit dans son vol le lac
silencieux,
On croirait voir la robe ou l'ombre transparente
D'un
esprit qui voyage et passe dans les
cieux.