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Anne Lister
est née le 3 avril 1791 à Halifax (Yorkshire), morte dans le Caucase
le 8 août 1840. Elle est connue en Grande-Bretagne et en France pour
des raisons totalement différentes : dans son pays, pour sa
personnalité, son journal et sa réputation de première lesbienne
moderne ; en France et dans les Pyrénées, pour avoir réalisé la
première ascension officielle du Vignemale (3298 m). Son prénom est
généralement orthographié Ann en France, mais bien Anne en
Grande-Bretagne.
Elle est la fille
de Rebecca Battle et de Jeremy Lister (1752-1836), qui servit en
1775 dans le 10e Régiment d'Infanterie britannique dans
la bataille de Lexington et Concord, pendant
la Guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique.
Il écrivit le récit de ces événements dans un manuscrit qui est
conservé à Shibden Hall, la propriété rurale, bâtie en 1420,
dont Anne Lister hérita de son oncle. Elle avait quatre frères et
deux sœurs. Ses frères meurent en bas âge, et le dernier se noie
dans un accident de bateau en Écosse, en 1813. Anne est placée à
quatorze ans au Manor Boarding School, un pensionnat de
jeunes filles. L'année suivante, en 1806, elle y rencontre son
premier amour, Eliza Raine. Le mariage de ses parents se révélant un
échec, Anne préfère rendre visite à son oncle James et sa tante Anne
(frère et sœur, tous deux célibataires), dans leur propriété de
Shibden Hall. À la mort de James, en 1826, elle hérite de la
propriété. Possédant une fortune confortable et gérant ses biens
avec une grande rigueur, Anne Lister peut mener sa vie comme elle
l'entend.
À partir de
1806, elle écrit un journal qui remplira vingt-quatre volumes, dont
certaines parties (environ un sixième) sont écrites dans un code
chiffré : car Anne Lister est, encore aujourd'hui, considérée comme
la première lesbienne moderne. Pour autant que l'y autorisent
les règles de la société de l'époque, elle assume pleinement son
homosexualité, malgré le harcèlement et les vexations dont elle est
victime. Elle avoue ouvertement son admiration pour les Ladies of
Llangollen, deux femmes de la bonne société anglo-irlandaise qui
avaient à la fin du XVIIIe siècle,
défrayé la chronique par leur amitié littéraire, romantique et
saphique. À Halifax, on la surnomme « Fred », ou « Gentleman Jack ».
Elle multiplie les aventures, qu'elle ne se fait pas faute de
relater dans son journal, dans son écriture codée. Du reste ce
journal n'a jamais été destiné à la publication. Mais Anne Lister
s'impose aussi un programme d'études rigoureux, s'intéresse à tout,
et ne recule devant aucune des activités réservées habituellement
aux hommes.
Passionnée par
les voyages, elle va en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, au
Danemark, en Scandinavie, dans les Alpes, et dans les Pyrénées
françaises et espagnoles. Elle n'hésite pas à s'écarter des routes
touristiques pour aller visiter des orphelinats, des prisons, des
usines ou des mines, s'intéressant à la politique, à l'industrie,
aussi bien qu'à la botanique.
Elle vient à
Paris pour la première fois avec sa tante, en 1819. Elle y revient
en 1824 pour perfectionner son français, mais aussi pour soigner une
maladie vénérienne.
Le 24 août
1830, elle fait l'ascension du Mont Perdu, par la Brèche de Roland, avec les guides Jean-Pierre
Charles et Étienne, puis descente par la vallée d'Ordesa jusqu'à
Torla, et remontée au port de Boucharo où Étienne, qui était allé
chercher des chevaux, les attend pour rentrer à Luz, par Héas. C'est
un début remarquable : elle est la première femme à atteindre ce
sommet. Anne Lister visite ensuite Cauterets, Luchon,
Bagnères-de-Bigorre.
En 1832, elle
rencontre et vivra désormais avec Ann Walker, une riche héritière
avec qui elle va restaurer Shibden Hall, et avec qui elle a célébré
un mariage non officiel, échangeant des alliances.
En 1838, elle
revient aux Pyrénées, pour accompagner Ann Walker qui doit séjourner
à Luz-Saint-Sauveur pour sa santé. Installée à Luz, comme la
première fois, elle reprend son guide Jean-Pierre Charles, ainsi que
Jean-Pierre Sajous (ou Sanjou), pour randonner à cheval. Le
24 juillet, du sommet du Piméné, elle voit le Vignemale, éprouve
l'envie de conquérir cette cime, mais l'accès lui en paraît
impossible à cause de l'imposant glacier. Cependant, elle ne renonce
pas pour autant. Elle va à Gèdre pour rencontrer Henri Cazaux, un
des premiers à avoir, avec son beau-frère Guillembet, atteint le
sommet, et elle l'engage. À ce moment, un concurrent sérieux se
présente, le Prince de la Moscowa, qui a la même
intention et qui, lui aussi, engage Cazaux. Mise au courant, et en
dépit du mauvais temps, Ann Lister décide de partir sur-le-champ.
Le 6 août, la
caravane formée de Anne Lister, Cazaux, Guillembet, Charles et
Sajous, part vers la cabane de Saoussat-Debat, où ils passent la
nuit. À deux heures moins le quart, ils repartent par le versant
espagnol, franchissent le col entre le pic de Cerbillonna et le pic
Central, nommé depuis col Lady Lister (bien que Miss
Lister ne soit pas une Lady), et ils atteignent le sommet de la Pique-Longue à 13
heures. Si les premiers vainqueurs sont douteux (un berger inconnu a
probablement dressé une tourelle sur
la Pique Longue, à la demande d'un officier
géodésien, des années avant Cazaux et Guillembet), Anne Lister, à 47
ans, est la première femme, et première « touriste », à conquérir
officiellement le Vignemale. Après avoir écrit son nom et celui de
ses guides sur un papier glissé dans une bouteille, l'expédition
reprend la descente. Ils ne dorment que deux heures à la cabane de
Saoussat, car Cazaux doit repartir le lendemain avec le Prince de
la Moscowa. Ils arrivent à Gavarnie à 13 heures, le
mercredi 8 août.
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Manoir de Shibden Hall |

Col Lady Lister |

Portrait d'Anne Lister par Joshua |

Au sommet du Vignemale
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