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Autrefois,
aux jours chauds de l’été, bouchers et restaurateurs ont bien du
mal à garantir à leurs clients des produits parfaitement frais.
Au pied des massifs montagneux s’est développé très tôt un petit
métier méconnu et particulièrement laborieux : celui de porteur
de glace.
Un travail de
nuit
De nos jours, on pratique encore le dur labeur de porteur de
glace dans les Andes et dans l’Himalaya, où pour quelques pesos
ou quelques roupies, des montagnards paysans vont entailler les
névés, les neiges éternelles, à coup de hache. Les utilisations
en sont diverses : il peut s’agir de réaliser des desserts (les
Romains déjà étaient friands de glace mêlée de miel) mais
surtout de conserver d’autres produits (poissons, fruits...)
chez soi ou sur des trajets précis. Cette activité a perduré
longtemps dans les Alpes, comme dans les Pyrénées où les
nombreuses stations thermales drainent une clientèle huppée,
exigeante et argentée. Ce petit métier hors du commun et très
localisé a disparu maintenant depuis environ quatre-vingts ans
et il n’a pas été aisé de retrouver des témoignages.
La glace est une matière délicate à transporter : sortie de ses
sommets enneigés originels, elle fond très rapidement, surtout à
la température diurne de l’été. Aussi, faut-il exercer cette
activité uniquement la nuit.
Les porteurs de glace, ces hommes valeureux, exercent le jour
leur métier de paysan et, après quelques heures d’un sommeil
mérité, quittent leur village de fond de vallée vers minuit,
avec une jument, une mule ou une ânesse bâtée. Somnolant sur
leurs montures le long de chemins muletiers, ils rejoignent une
cabane d’estive où ils attachent leur bête et poursuivent à
pied. Le névé se trouve aux alentours de
2 000 mètres d’altitude dans une combe
très froide où, même en plein été, le soleil n’arrive pas.
Un seul outil : la hache
Enroulés dans leur cape de bure, chacun de ces hommes rudes
retrouve sa hache cachée sur place, ce qui permet de s’alléger
au maximum à chaque ascension. Là, il découpe des blocs
d’environ 25 kg
qu’il enroule dans des sacs de jute garnis de sciure. Malgré ces
précautions pour isoler la matière, une petite partie du
précieux chargement fond toujours inévitablement durant le
transport.
Et ainsi, chaque nuit, à la seule lueur des étoiles, les
porteurs cheminent pendant près de six heures : plus de trois
pour monter, deux pour redescendre, une demi-heure environ pour
prendre la glace.
Au retour, ils poursuivent leur route jusqu’au bourg
s’assoupissant sur le chargement gelé (parfois au prix d’une
bonne congestion). Ils ne sont ainsi de retour au village que
vers dix heures. Mais, la plupart du temps, leur journée ne fait
que commencer : comme c’est l’été, c’est aussi l’époque des
foins et des moissons et le travail ne manque pas dans la
vallée.
D'après
l’ouvrage Les métiers d’autrefois, de Marie-Odile Mergnac,
Claire Lanaspre, Baptiste Bertrand et Max Déjean.
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